Témoignage d’une garde à vue par Chavez. Écrit le 17/05/08 et 18/05/08.

Récupéré sur le site Comité de résistance citoyenne

Il est à peu prés 18h30, nous venons du rectorat de Poitiers où nous avons été gazés par 3 jets de grenades lacrymogènes et des bombes à gel lacrymo. Des barricades/barrages sont montés place d’arme, je regarde cela d’un œil de militant. Nous nous réunissons en réunion de coordination vers 18h au centre de la place d’arme, devant la mairie lorsque quelqu’un nous avertie que les CRS sont là et qu’ils encerclent la place. Je cours vers une barricade a côté de la mie câline, suivant le mot d’ordre et la foule. Les forces de l’ordre ne sont pas loin et très vite elles sont sur les barricades qu’elles fracassent à grand bruit, grand fracas, je prends peur et cours me réfugier dans un container-poubelle dans le chantier à côté pendant que mes camarades courent pour fuir un matraquage en règle. Après quelques minutes, je lève la tête de mon container où j’étais caché, en boule dans un coin. Les CRS sont partis? Je ne les vois plus en tout cas, je décide donc de sortir de cet endroit mais je suis vu et arrêté par les CRS; deux courent vers moi qui ai les bras en l’air et qui leur dit que je suis pacifiste. Ils le font avec force mais ne sont pas violent avec moi; ils me passent les menottes. Je suis confiant, je n’ai pas de chef d’accusation contre moi, je me suis simplement planqué pour échapper au matraquage qui en fait n’a pas eu lieu. Des policiers -des RG- me prennent en main. Je reste quelques minutes sur le lieu de l’arrestation, les forces de l’ordre sont stressées et m’évacuent vers le commissariat rapidement.

Arrivé au commissariat, je suis démis de mes biens personnels (ce qui est dans la procédure) et mis en cellule en attendant. Quelques minutes après une autre personne arrive, elle aurait jeté une canette en direction de la police. Soudain, on entend des cris dehors “libérez nos camarades…” Je suis sous le coup de l’émotion.

Un autre manifestant arrive dans la cellule, je le reconnais il est du lycée du bois d’amour. Le temps passe et on me demande si je veux voir médecin et avocat, je réponds que pour le médecin je ne pense pas en avoir besoin pour le moment mais que pour l’avocat il fallait voir avec mes parents.

Le temps passe, l’avocat arrive, les manifestants sont partis, on me fait passer un alcotest qui est négatif, je suis a 00,00 g/l d’alcool dans le sang. J’ai le droit de voir mon avocat, […], je m’entretiens avec elle un moment, je lui pose des questions sur la suite des événements et elle me rassure, me donne mes droits lors du PV que je vais faire.

Le temps passe, on attend de voir l’OPJ qui va prendre le PV. L’OPJ me met la pression, me rappelle que j’étais là à
toutes les manifestations et que j’ai crié des slogans du
genre “police de Vichy”… ce qui n’est en soi pas illégal…

La pression continue, il est dit que j’étais sur une fourgonnette en train de jeter des canettes -CE QUI EST STRICTEMENT FAUX ET INVRAISEMBLABLE PUISQUE JE FUYAIS ET QUE JE M’ÉTAIS CACHÉ DANS LE CONTAINER-, je nie donc ces faits et il me demande ce que j’ai fait dans la journée, plus précisément à la manif et surtout au rectorat, je lui répond que je soignais des gens de leurs blessures liées aux lacrymos.

A la suite de cet entretien, je retourne dans la cellule où
j’étais précédemment, on me donne a manger.

Vers 0h30-1h ils nous emmenent dans les cellules en bas, dans les cellules de garde à vue, il fait froid, je suis fatigué, sale, en tee-shirt. La ventilation fait un bruit stressant et m’empêche provisoirement de dormir ainsi que la lumière. La couverture sent très fortement l’urine, c’est très désagréable mais j’ai froid et je me couche sur le matelas, la couverture sur moi; je m’endors.

A 4h30 su matin les policiers viennent dans la cellule amener une autre personne qui a braqué une voiture. Je me rendors.

A 7h30, on me demande si je veux manger, je réponds que oui et on m’apporte des gâteaux secs et une brique de jus d’orange que je garde sur moi et me rendors.

Vers 9h30, on me demande de sortir, je suis mené vers un autre OPJ qui me sort un PV vieux d’il y a 2 semaines , du 6 Mai 2008 où je suis monté sur le capot d’une voiture qui me fonçait dessus et qui a blessé sans gravité deux amies à moi, où je suis impliqué pour n’avoir fait que me protéger, le PV de l’automobiliste est douteux mais je suis crevé et la pression continue, c’est dur très dur mais je ne dois pas craquer, je ne cède pas. Je retourne dans ma cellule, en passant par la “salle centrale” j’aperçois Sami, je n’ai pas d’informations.

Dans ma cellule où je suis raccompagné, je dors.

Vers 10h30 je suis une fois encore réveillé et mené
dans le bureau de l’OPJ qui me pose des questions sur l’occupation de la gare, me montre des photos où on me force a reconnaître des gens, je ne me sens pas de refuser, je suis crevé, la pression est efficace mais je ne craque pas, je “dénonce” deux camarades, que je connais, Sami et [Asfrat], je suis à côté d’eux, en train de discuter avec eux, il y a deux photos où l’on m’identifie et on me demande si c’est bien moi – on se moque de moi ou quoi? –

Je réponds que oui il s’agit bien de moi; ensuite il me demande si je reconnais d’autres personnes, je réponds que oui sans plus de précisions sur 2 personnes qui sont dans mon établissement scolaire, je donne juste des pseudos. On me demande comment j’ai connu Sami et Cédric, pour Sami je réponds que je l’ai connu lors du mouvement contre la LRU et Cédric car il fait partie d’un collectif où je suis également membre, le collectif des jeunes antilibéraux…, il me demande en quoi consiste ce collectif, je lui réponds que nous discutons et que nous débattons.

Il me ramène dans la salle centrale, je rentre dans la cellule de cette salle, Sami s’entretient avec son avocate, dans la cellule il y a une autre personne, je n’ai pas d’autres précisions sur elle. Des manifestants sont devant le commissariat, je les vois par la fenêtre.

Je suis raccompagné dans ma cellule, en bas. Je me rendors difficilement, tourmenté par des questions sur la suite des événements. On ne tarde pas à me demander si je veux manger, il est 12h30. Je choisis le “bœuf carottes”. Je demande quand est-ce que je verrai le procureur et quand je sortirai, quand je verrai mes parents. Le policier me répond qu’il n’en sait rien, que ce n’est même pas sûr que je les verrai ce soir.

Vers 14h30, on me mène dans la salle centrale où les interpellés de la manif sont là, il y a Sami, Romain et Clément. Je demande à Sami comment il est arrivé là et il me raconte. On rigole, les nerfs se relâchent. On récupère nos affaires, il me manque ma bague, je n’y ai pas fait attention, j’ai signé la récupération
de mes affaires et la fin de ma garde a vue. On me menotte à Romain et nous sortons accompagnés de RG et de l’OPJ, je suis mis dans une voiture avec Romain, l’OPJ ainsi que deux autres RG.

L’OPJ est stressé, nous attendons environ 10 minutes dans la voiture et nous partons, la voiture où sont Sami et Clément est devant nous. Arrivé a la préfecture ou une solide escorte nous attend, un fourgon plein de policiers, une fourgonnette “jumpy” et une voiture “régulière”, on fonce vers le palais de justice mais à mon grand
étonnement, on passe par derrière, à côté du magasin “news cuir” on me fait courir, l’OPJ est stressé, je ne comprends pas pourquoi. On me démenotte de romain et me remenotte individuellement sur ordre de l’OPJ et ils se rendent compte que cela ne sert a rien et me démenottent immédiatement. Nous ne passons pas par la salle des pas perdus, il y a une manif devant le palais, une délégation est entrée, nous contournons la salle des pas perdus. Dans le couloir où il y a le bureau du procureur, se tiennent nos parents, en passant, je serre la main de ma mère, l’OPJ la dégage, je suis assis à l’écart d’eux. Les parents sont menés ailleurs, Romain s’entretient à côté de moi avec son avocat mais dès qu’il s’agit d’argent, il refuse l’avocat. Les policiers discutent entre eux, les parents reviennent, on attend le procureur. Je peux enfin parler avec mes parents, les rassurer. Romain vient de passer en comparution immédiate, il prend 6 mois avec sursis
et 140h de TIJ.

Nous passons à la suite dans le bureau du vice-procureur, je passe le dernier, il m’énonce les faits, faits que je nie, il me donne mes convocations, une le 5 juin pour une enquête des services sociaux et une autre pour le 6 juin, pour une comparution devant le tribunal pour enfant.

Je sors, presque les larmes aux yeux de voir que des gens m’attendent encore, il y a les camarades, deux élus [Mr Coronas et Mr Aimé de la mairie de Poitiers]. Je discute et raconte, je rentre ensuite chez moi où je peux enfin me laver et aller aux toilettes sans demander l’autorisation et attendre 15 min en tapant sur une vitre.

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