De Poitiers à Paris, les méthodes et l’organisation des groupes autonomes LEMONDE | 12.10.09

Les “autonomes” refont parler d’eux. Samedi 10 octobre, à Poitiers, des manifestants cagoulés, masqués, disposant de matériels divers préalablement dissimulés sur leur itinéraire ont commis des actes de violence et de vandalisme dans le centre-ville. Ils s’étaient rassemblés à l’occasion d’un défilé de protestation contre l’ouverture de la nouvelle prison de Vivonne alors que se tenait en parallèle un festival d’arts de la rue. Quatre mois plus tôt, à Paris, le 21 juin, jour de la Fête de la musique, des petits groupes identiques avaient pris pour cible le siège de l’administration pénitentiaire et jalonné leur trajet de caches pour leurs projectiles.

Son “L’ultra-gauche n’accepte pas la confrontation adoucie”

Blog Les autonomes, des terroristes ou des gentils ?

Dans les deux cas, la préparation et les méthodes employées sont les mêmes. A Poitiers comme à Paris, ces groupes d’autonomes ont joué la stratégie du “coucou” : ils se servent du cadre d’une manifestation, un jour d’événement festif. Un cadre qui permet d’utiliser masques et cagoules, parfois sur le mode carnavalesque.

“Il y avait énormément de monde en ville, tout d’un coup, ils ont sortis leurs masques au milieu de la foule et sont partis en direction de la prison”, raconte la directrice de cabinet du préfet de la Vienne, Anne Frackowiack.

A Paris, des touristes japonaises s’y étaient laissées prendre, en puisant dans la “caisse aux déguisements” déposée sur le sol au départ de la manifestation…

Deuxième point commun : les caches. A Poitiers, des fumigènes et des masses avaient été stockés sur le parcours. De la même façon, à Paris, les policiers avaient découvert, après coup, que l’église Saint-Merri (4e arrondissement) avait abrité un petit arsenal : boules de pétanque, carreaux de plâtre découpés et six mortiers de feux d’artifice.

Enfin quand les groupes s’ébranlent, ils ont revêtu des vêtements noirs (sweats à capuche, bonnets…), qu’ils abandonnent sur place au moment de la dispersion.

“ON N’A RIEN VU VENIR”

Une quinzaine de personnes avaient été interpellées à Paris, après que le siège de l’administration pénitentiaire et un bout de la façade en verre du centre Georges-Pompidou avaient été endommagés. Dix-huit l’ont été à Poitiers où des vitrines de banques et de Bouygues Telecom – dont la maison mère est le constructeur de la nouvelle prison – ont été particulièrement visées.

“On n’a rien vu venir, affirme un responsable policier. Poitiers a été organisé de façon clandestine.” Plusieurs sites Internet avaient évoqué la manifestation organisée par le collectif contre la prison de Vivonne, située au sud de Poitiers. Sur l’un d’entre eux, familier aux autonomes, des internautes s’interrogeaient sur l’opportunité de prévoir une manifestation festive sur le thème de la situation carcérale. Un internaute s’était invité dans le débat, maniant le sous-entendu : “La fête, ça peut vouloir dire plein de trucs…”

Les incidents de Poitiers ont avivé un débat en cours depuis plusieurs mois au sein de la mouvance dite “ultra-gauche” sur la pertinence de telles actions. “Des groupes de militants, ceux que nous appelons hors-sol , ont, de fait, pris le contrôle de la manifestation qui regroupait environ 300 personnes, imprimant leurs décisions, leur rythme, leur manière d’agir et leurs fantasmes à l’ensemble”, écrit l’Organisation communiste libertaire (OCL), acteur historique de l’autonomie dans les années 1970, dans un communiqué rédigé par ses militants poitevins.

“A disparu alors, poursuit l’OCL, tout souci d’expliquer le pourquoi de cette manifestation – pas de tract clair, pas de slogan lancé, des banderoles vides de toutes inscriptions! Or, quand de tels messages sont absents, ils ne reste plus que celui des vitrines brisées comme but en soi (…). Ce n’est pas la première fois que cela se produit et il est urgent que les pendules soient remises à l’heure.”

En écho, sur le site alternatif Indymedia, un membre du collectif de Vivonne protestait : “La manif c’était de la connerie pure, les gens ne comprenaient même pas qui nous étions”.

Isabelle Mandraud et Caroline Monnot

Lien Permanent pour cet article : https://antirep86.fr/2009/10/12/de-poitiers-a-paris-les-methodes-et-lorganisation-des-groupes-autonomes-lemonde-12-10-09/

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*