Saccage de Poitiers : débats tous azimuts NR 17 janvier 2010

Le 10 octobre et ses conséquences restent une source inépuisable de questions. Décryptage alors que se tenait jeudi le procès de cinq jeunes interpellés.

Le samedi 10 octobre 2009, le si tranquille plateau poitevin subissait l’assaut d’une opération commando de toute évidence très bien préparée. D’anti-carcérale, la manifestation annoncée s’était faite antisociale. Tant ces événements que leurs suites continuent de susciter commentaires et interrogations.
> Pourquoi Poitiers ? Poitiers a été confrontée à un déferlement de violence sans précédent. Façades souillées de messages anarchistes, jets d’objets en direction d’une police débordée, vitrines de magasins et de banques brisées rageusement comme des symboles de l’ultra-libéralisme…
Poitiers soudain vulnérable, atteinte dans son intimité. Pourquoi elle ? Ses habitants se rassurent en se disant que le commando ne l’a choisie que parce qu’elle s’est trouvée à la croisée de deux événements : le transfèrement des prisonniers de La Pierre-Levée vers le nouveau centre pénitentiaire de Vivonne (réel point d’achoppement de la manifestation ou simple prétexte ? continuent de s’interroger certains) et le festival des Expressifs au cœur duquel les casseurs savaient qu’ils pourraient se fondre pour échapper aux forces de l’ordre. Le sénateur Alain Fouché a dû sourire en coin. Lui qui, quelques jours plus tôt, se vantait de réclamer l’instauration d’un “ délit anti-cagoule ” se voyait ainsi conforté dans sa revendication par l’actualité elle-même.
> Plus de renseignements ? En sourdine, certains flics disent qu’«il y aura un avant et un après 10 octobre». Plus rentre-dedans, les avocats qui ont eu à traiter les suites judiciaires de cette affaire dénoncent “un fiasco policier“. Il est vrai que, ce jour-là, les policiers étaient moins d’une dizaine pour contenir cette “véritable horde“, selon l’expression du commissaire Papineau, patron de la police de la Vienne.
Des forces de l’ordre débordées par une opération surprise ? Donc des services de renseignement défaillants ? Admettons. Mais à dénoncer la défaillance du Renseignement, ne risque-t-on pas de légitimer un renforcement de ses services, un accroissement du flicage, de la surveillance de nos vies ? A moins que, comme certains s’amusent à le laisser penser, l’information ait été volontairement cachée à nos policiers…
> Une justice trop rapide ? Le choix du parquet de Poitiers d’envoyer en comparution immédiate les individus interpellés après le saccage est également vivement critiqué par leurs avocats qui dénoncent “une justice rendue dans la précipitation” et “sous influence“. On se souvient de la venue à Poitiers du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, réclamant des peines exemplaires au moment même où siégeait le tribunal. Si fait. Trois des suspects avaient été envoyés en prison dès le soir même. Leurs familles et amis ont hurlé à la “justice expéditive“, leurs avocats répètent depuis que, si à l’époque ils n’ont pas demandé le délai pourtant légal pour préparer la défense de leurs clients, c’est qu’ils étaient persuadés d’obtenir la relaxe.
Une justice sous influence ? Peut-être. Cela démontre au moins qu’elle est toujours prononcée par des hommes, avec leurs sensibilités et leurs faiblesses. C’est penser qu’elle saura aussi entendre la clameur d’une partie de la rue… et les soutiens aux suspects et à leurs familles qui, eux, continuent d’affirmer qu’ils ne sont que les dindons de l’histoire.

Emmanuel Touron


Saccage de Poitiers : débats tous azimuts

Du procès en appel – qui s’est déroulé jeudi matin – de cinq des jeunes interpellés après le saccage du 10 octobre surgissent encore de nombreuses questions.
> “Ce jour-là, s’est souvenu le directeur départemental de la sécurité publique, notre mission était de sécuriser la préfecture et la prison. » Les priorités étaient-elles les bonnes ?
> “J’ai une solide expérience du terrain, a témoigné un commissaire présent sur les lieux. Mais je n’avais jamais vu une manifestation aussi violence. » Le 10 octobre a-t-il traumatisé les policiers ?
> “Je me suis engagé seul en direction des manifestants, a raconté le commissaire divisionnaire. Alors ils se sont retournés, j’ai failli me faire happer par la foule. » Le patron de la police a-t-il fait du zèle ?
> “Je ne suis pas violent, avait déclaré l’un des suspects en garde à vue, mais là, je me suis laissé emporter. » Quelle est l’influence du groupe sur l’individu ?
> “Neuf camions de CRS ! s’est étranglée une avocate en arrivant au palais jeudi dernier. On retombe dans l’état de siège ! » Risque-t-on de tomber dans la parano ?

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