Un procès peut-il ramener la paix sociale à Poitiers ? NR 10/07/2010

Il aura fallu dix heures d’audience pour que les protagonistes des heurts de la fête de la Musique puissent tous s’exprimer. Jugement le 29 juillet.

Pendant une suspension de l'audience, il est trois heures du matin, il fait encore 35°C dans la salle, tout le monde est parti chercher un peu de fraîcheur. - Photo NR

Pendant une suspension de l'audience, il est trois heures du matin, il fait encore 35°C dans la salle, tout le monde est parti chercher un peu de fraîcheur. - Photo NR

Il est 4 h 15 du matin, le président du tribunal correctionnel préfère se donner quelques jours de réflexion pour rendre sa décision. Les six jeunes prévenus qui lui font face seront fixés sur leur sort le 29 juillet à 14 h. Tous les six étaient poursuivis pour des faits de violences, rébellions et outrages commis le soir de la fête de la musique à Poitiers (voir nos précédentes éditions).
Ce soir-là, le commissaire de police Jean-François Papineau a pris en chasse une jeune femme, Nina, qu’il soupçonnait d’avoir jeté une bouteille en verre dans sa direction et proféré une menace de mort. Il l’intercepte place de la Liberté. L’interpellation est contestée par cinq jeunes qui ont suivi la course-poursuite, qui sont à leur tour interpellés.
Depuis, deux versions s’opposent. Les auditions des policiers font état de violences, de rébellion et d’outrages. Les jeunes, eux, affirment qu’ils ont été au contraire victimes de violences policières. D’un côté de la barre, les policiers font bloc. “Je n’ai rarement vu autant de violence lors d’une interpellation que ce soir-là”, assure l’un d’eux.
“Dégagez de là, bande d’anarchistes !”
De l’autre, la défense a retrouvé six témoins de la scène, qui dédouanent unanimement les jeunes. Justine, par exemple, se demande pourquoi elle n’a pas été embarquée comme les autres. Peut-être parce qu’elle ne s’est pas sentie visée quand un policier a crié : “Dégagez de là, bande d’anarchistes !”
Anarchiste. Le mot est lâché. Ça faisait plusieurs heures qu’on tournait autour du pot sans oser y plonger la cuiller. M e Arzel, l’avocat des policiers, ne veut pas l’entendre : “C’est une affaire de droit commun.” Il ne veut pas entrer dans le débat “sur la conception des uns et des autres du rôle de la police”, mais choisit soigneusement ses termes au sujet du maintien de l’ordre “qui est sous monopole et contrôle de l’État”. Et de réclamer une addition 13.000 euros de dommages et intérêts pour les douze policiers qui se sont constitués parties civiles.
Le vice-procureur, Éric Virbel, veut lui aussi évacuer le spectre du complot policier contre des militants anarchistes. “Cette affaire démarre sur le jet d’une bouteille de verre, un point c’est tout. Si la suspecte n’avait pas pris la fuite, rien ne serait arrivé.”
Prison ferme requise
Selon lui, les six jeunes sont coupables “de violences contre des policiers commises en marge d’une manifestation culturelle populaire”. Des “actes graves” qu’il demande de sanctionner par quatre à six mois prison ferme pour cinq prévenus et d’une peine de travail d’intérêt général pour la sixième, dont le casier judiciaire est vierge.
Les avocats, eux, réclament la relaxe pour tout le monde, ou presque. Seule exception pour l’outrage reproché à Clément, qui a reconnu avoir insulté les policiers, ce qui expliquerait le “visage massacré” qu’il a présenté à son avocate à l’issue de sa garde à vue. Pour le reste, le dossier “a été entièrement brodé par la police, mais sans qu’il y ait une véritable enquête de terrain”, estime M e Malika Ménard. La défense n’a de cesse de politiser le débat. “Des jeunes qui ne pensent pas comme tout le monde, ça agace”, explique M e Simone Brunet qui pointe du doigt la responsabilité du directeur de la police : “Jamais un policier n’a autant cristallisé les tensions de la jeunesse, et pas seulement d’elle.”

Philippe Bonnet

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