Manifs : pris au piège de la guerre des images NR-France 25/10/2010

Manifs : pris au piège de la guerre des images 25/10/2010 05:43

Les scènes de casseurs en marge des cortèges ont décrédibilisé les manifestations. Mais celles du 16 octobre sont sujettes à caution.

Certains manifestants, emmenés au commissariat du XIIe, sont tombés sur... un cameraman d'une grande chaîne de télé. - (Photo maxppp) - Photo NR

Certains manifestants, emmenés au commissariat du XIIe, sont tombés sur... un cameraman d'une grande chaîne de télé. - (Photo maxppp) - Photo NR

Mathieu, 20 ans, étudiant à Dauphine s’est retrouvé au cœur de l’actualité. Il faisait partie de ces quelque 300 manifestants contre les retraites qui ont poursuivi le mouvement à Paris de Nation à Bastille vers l’Opéra, le 16 octobre.

La suite, nous la connaissons tous : des images surexposées qui ont défilé dans tous les journaux télévisés, portant l’image anxiogène des casseurs et d’une façade de banque brisée (1). Des scènes de nature à décrédibiliser le mouvement, à justifier la répression.

Et pourtant Mathieu n’a rien d’un casseur. Il a envoyé le récit de cette folle soirée et des heures de garde à vue qui ont suivi au chroniqueur d’Europe 1 Guy Birenbaum. Ce dernier l’a publié samedi sur son site internet. Hier, près de 13.000 personnes l’avaient lu. Beaucoup ont réagi pour s’indigner et certains pour apporter des témoignages complémentaires. Nous avons donc décidé d’interroger cet étudiant.

Comment vous êtes-vous retrouvé là ?

“Quand, depuis un mois on fait République – Nation toutes les semaines et que le gouvernement reste sourd, on peut avoir envie de continuer la manifestation, d’aller faire du bruit, de poursuivre, mais sans avoir l’idée de détruire. Nous n’avions pas l’intention de casser quoi que ce soit et on se demande encore où étaient les vrais casseurs. Je ne me suis pas méfié. Quand on a envie de sortir du cadre du cortège, il ne faut pas faire les erreurs de débutants que nous avons pu commettre.”

Les médias ont pourtant parlé de casseurs, non ?

“C’était incroyable, tout ce discours qu’on a pu entendre sur les blacks blocks. Au commissariat, on nous disait qu’on était des anarcho autonomes, c’était n’importe quoi. Une bande organisée ! Mais quelle organisation ? On a fait trois fois le tour de Nation, tout le monde savait qu’on était là. Les policiers savaient où nous trouver. Et après ? Rentrer dans l’Opéra (2) comme dans une souricière, c’était débile. Quelqu’un de confirmé n’aurait jamais fait une chose pareille.”

Vous vous êtes senti piégé ?

“A chaque instant. Tomber sur une caméra en arrivant au commissariat (3) ou apprendre que ma garde à vue allait être prolongée de 24 heures. Je savais que la manifestation était illégale, mais je ne pensais vraiment pas que ça allait tourner comme ça. Maintenant, en prenant de la distance par rapport à ces heures au commissariat, en repensant aux questions des policiers, j’ai l’impression qu’un système s’est mis en branle dont nous avons été les victimes. J’ai le sentiment d’avoir été piégé aussi quand je repense à notre action, à la façon dont elle a été menée et ensuite aux mots qui ont été rapportés. J’ai regardé ce qui se disait dans les médias après ma garde à vue, les accusations faites à l’opposition de pousser les casseurs dans la rue… On a maintenant l’impression d’avoir été utilisés pour servir un discours. Entendre les médias redire ce que nous avions entendu de la bouche des policiers au commissariat, c’est choquant. C’est ça qui est le plus terrible : se sentir utilisé pour servir une idéologie qui n’est pas la vôtre.”

(1) Le “casseur” de la vitrine de la banque n’a pas été interpellé, on le voit même sur une vidéo de Reuters disperser les manifestants quelques secondes plus tard.
(2) Il a été dit dans les médias que l’Opéra avait été ravagé. Or, pas le moindre journaliste n’a pu y mettre les pieds pour vérifier l’information.
(3) Arrivés au commissariat du XII e , les gardés à vue sont tombés sur… un cameraman d’une grande chaîne de télé.

Réaction

> Le président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a affirmé hier soir à France Inter et i-Télé que des policiers avaient des “consignes” pour pousser les manifestations aux dérapages.
> “Cette pratique dont je parle c’est cette présence dans les cortèges de manifestants de personnes infiltrées qui jettent des pierres, brisent des vitrines et ensuite sortent des brassards de police”, a-t-il dit.
> “La question est de savoir qui donne de tels ordres […] Je pense que le ministre de l’Intérieur est au courant”, a-t-il ajouté.

Propos recueillis par Christophe Colinet

Lien Permanent pour cet article : https://antirep86.fr/2010/10/25/manifs-pris-au-piege-de-la-guerre-des-images-nr-france-25102010/

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*