Manifestations : comment la police retrouve les casseurs. Le Figaro 29/10/2010

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Un jeune interpellé parles forces de l'ordre, le 19 octobre à Lyon. En banlieue parisienne,des policiers ont exploité des sources vidéo pour identifier les meneurs de plusieurs échauffourées.

Un jeune interpellé parles forces de l'ordre, le 19 octobre à Lyon. En banlieue parisienne,des policiers ont exploité des sources vidéo pour identifier les meneurs de plusieurs échauffourées.

La Sécurité publique applique à ces petits voyous les techniques d’enquête criminelle.

“Même après la manif, l’enquête continue.” La nouvelle stratégie du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, contre les casseurs commence à porter ses fruits. Plusieurs voyous ont été interpellés en région parisienne, après une enquête minutieuse. Et d’autres interpellations devraient suivre un peu partout en France.

Dans les Hauts-de-Seine, onze jeunes, dont huit mineurs, ont ainsi été interpellés jeudi, après des investigations qui auront duré huit jours. Travaillant à la manière de la PJ, les policiers en tenue ont exploité les photos et les vidéos prises lors d’échauffourées à Nanterre. Y compris depuis l’hélicoptère qui filmait les heurts. “Ces vidéos permettent de lire jusqu’à la marque des chaussures des émeutiers !”, s’enthousiasme un officier de police. Dans cette enquête, un suspect a été trahi par sa chevalière en or, bien reconnaissable. D’autres ont eu le tort de laisser leurs empreintes sur le montant des abribus qu’ils brisaient ou des traces d’ADN sur les pierres jetées sur les forces de police. Or quelques gouttes de sueur suffisent aujourd’hui à confondre un malfaiteur.

Il y eut d’abord le temps de l’urgence. Sur les quelque 2500 casseurs arrêtés en France, dont environ 1800 placés en garde à vue, depuis le début du mouvement contre la réforme des retraites, le 12 octobre, l’immense majorité des personnes interpellées l’a été en flagrant délit. Ce nombre important d’arrestations a pu être obtenu notamment grâce au recours d’agents infiltrés dans les cortèges. Une technique redoutable qui expose cependant la police aux accusations de provocation de la part des manifestants.

La polémique entretenue par le président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, en milieu de semaine, n’est donc pas surprenante. Et elle a appelé à une réponse énergique de la préfecture de police de Paris. Dès jeudi, le prétendu policier “ninja” qui aurait incité aux troubles a été interpellé dans un squat. Il s’agirait en fait d’un militant de la mouvance contestataire radicale…

La police s’informe sur FacebookDe l’autre côté du périphérique, en Seine-Saint-Denis, le préfet Christian Lambert, ancien du Raid et des brigades d’élite de la police judiciaire, comme la BRI, a pu faire réaliser environ 300 arrestations à chaud. Il avait lui aussi mis en place un dispositif léger composé de policiers en civil et d’agents des forces mobiles. L’intérêt immédiat de tous ces “flags”, comme disent les policiers, est qu’ils permettent de neutraliser, au moins le temps d’une garde à vue, ceux qui auraient pu se retrouver le lendemain même au cœur de nouveaux saccages.

“Mais le résultat judiciaire n’est pas garanti, particulièrement dans le 9-3, où les magistrats du siège manifestent souvent un degré d’exigence procédurale inversement proportionnel au poids des sanctions prononcées”, ironise un haut fonctionnaire Place Beauvau.

Curieusement, alors que la loi Estrosi sur les bandes a été votée, les chefs de police sont encore nombreux à se plaindre des difficultés à faire condamner les voyous interpellés sur le vif. “L’imputation du fait est toujours aussi complexe à établir dans le cadre du flagrant délit, explique un gradé. Les interprétations diffèrent d’une juridiction à l’autre.” Avoir participé à des violences collectives ne suffit pas pour être condamné. “Il faut toujours prouver l’implication personnelle, dire qui tenait la pierre qui a atteint tel fonctionnaire”, résume un chef de groupe de la Sécurité publique. D’où l’intérêt des dernières enquêtes, qui privilégient la preuve scientifique.

Au plus fort des troubles, Nicolas Sarkozy avait assuré : les casseurs “seront arrêtés, retrouvés et punis, à Lyon comme ailleurs, sans aucune faiblesse”. La police lyonnaise devrait le prendre au mot. Dans la cité des Gaules, c’est sur Facebook notamment que les enquêteurs auraient trouvé matière à confondre les casseurs. Ceux, en tout cas, qui étalent imprudemment leurs faits d’armes à longueur de pages.

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