Le commissaire a-t-il poussé le policier au suicide ? NR 11/12/2010

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La veuve d’un policier poitevin se bat depuis 2004 pour faire reconnaître la responsabilité d’un commissaire après le suicide de son mari.

François Gaborit défend la famille du policier.

François Gaborit défend la famille du policier.

Elle se bat depuis de plus de six ans pour honorer une promesse : faire la lumière sur les raisons qui ont poussé au suicide son mari, policier à Poitiers. Six ans d’un combat contre l’administration pour obtenir les pièces d’un dossier que beaucoup voulaient maintenir sous le boisseau.

“Mes enfants et moi, nous ne serons en paix que le jour où on lui aura rendu sa dignité”, explique la veuve de Philippe Berthod, retrouvé mort chez lui, le 17 juillet 2004. “Ce qui est arrivé aurait pu être évité. C’est une question de principe et d’humanité.”
Depuis le suicide de son mari, sa femme n’a de cesse de faire reconnaître la responsabilité de son supérieur hiérarchique, le commissaire François Gaillard (1). Trois événements sont, selon l’avocat de la famille, M e François Gaborit, déterminants pour comprendre le geste de désespoir du policier : une mutation brutale en décembre 2003 dans un service qui ne lui convenait pas, des propos déplacés sur son efficacité et une mise en cause répétée de ses arrêts maladies alors qu’il était en pleine dépression.

“Il était îlotier aux Trois-Cités, bien considéré par ses interlocuteurs”, assure M e Gaborit. ” La procédure, ce n’était pas son truc. Il s’est retrouvé du jour au lendemain à faire des choses pour lesquelles il n’était pas formé et on lui reprochait de prendre du retard dans son travail.”
Mardi, une nouvelle étape déterminante se jouera à Bordeaux pour la famille Berthod. La commission de réforme se réunira de nouveau afin de dire si, oui ou non, il y a un lien direct et exclusif, entre le suicide du policier et l’attitude de son supérieur hiérarchique. Le commissaire François Gaillard, chef des policiers en tenue, a-t-il, par son attitude, poussé au suicide le brigadier Philippe Berthod ? A l’époque, les syndicats de policiers étaient montés au créneau en publiant des tracts très violents sur ses méthodes de management.
C’est la troisième fois que la commission se réunit pour statuer sur le cas de Philippe Berthod. Après deux enquêtes internes de l’inspection générale de la police nationale (lire par ailleurs) elle avait rendu, en mai 2006 puis en avril 2007, deux avis qui ne satisfont pas la veuve du policier.
La première commission reconnaissait un lien entre l’état dépressif du policier et ce qui se passait dans le service. “La problématique réside dans le lien exclusif”, notait la commission. Autrement dit, peut-on tout attribuer à ce qui se passait alors au sein de ce service du commissariat ?
En 2007, la commission (2) estimait qu’il n’y avait pas de lien exclusif. Mais voilà, depuis, après avoir saisi la justice administrative, la commission d’accès aux documents administratifs puis un juge d’instruction en 2007, la famille et son avocat disposent de nouveaux documents à faire valoir.

“Je ne suis pas animée par un sentiment de vengeance”, se défend la veuve du policier. “Je veux juste que ce qui s’est passé soit reconnu. On devait lui laisser sa chance.”

(1) Contacté par mail mardi, le commissaire Gaillard, n’a pas donné suite à notre demande d’entretien avec lui ou avec son défenseur. (2) La procédure avait été attaquée devant la justice administrative. “Ils se sont aperçus qu’il y avait des erreurs de procédure, elle a été retirée.”

réaction

Le commissaire conteste toute faute

Au cours de l’enquête administrative menée en 2005, le commissaire Gaillard, avait été entendu par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). En poste à Poitiers depuis mai 1999, il répondait que les accusations portées contre lui étaient “totalement infondées”. Il reconnaissait bien avoir opéré des mouvements internes, mais toujours à la demande de la hiérarchie intermédiaire. Il démentait tout propos désobligeant envers le brigadier Berthod et il assurait avoir gardé pour lui les doutes sur ses arrêts maladie répétés. Ces propos, il les aurait réitérés récemment, devant le juge d’instruction en charge du dossier.

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Deux enquêtes internes

A quelques mois d’intervalle, en 2005, deux enquêtes administratives sont menées pour comprendre ce qui se passait dans le service dirigé par le commissaire Gaillard. La première note que le service médical était avisé depuis janvier 2004 de la “détresse du fonctionnaire”. Elle relève une “ambiance de travail dégradée” avec un chef de service ” coupé des réalités de son service” et à “la position intenable”, sans pour autant faire le lien direct avec le suicide ni relever de faute disciplinaire. La seconde enquête, au contraire, estime que le commissaire n’a fait que bousculer “les vieilles pratiques” de ce commissariat de province face à un policier présenté comme simulateur.

Emmanuel Coupaye

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