“Patrouilleurs” : quand la police de proximité avance masquée Par Pauline Grand d Esnon | Rue89 | 21/04/2011

Les “policiers patrouilleurs” annoncés par Guéant ? Une énième mouture de la “pol prox”, supprimée en 2003 par Sarkozy.

Dessin de Na!

Dessin de Na!

Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a annoncé mercredi la création de “policiers patrouilleurs” en Seine-Saint-Denis. Sous cette appellation testostéronée se dissimule une énième mouture de la police de proximité. Nicolas Sarkozy l’avait enterrée il y a dix ans, mais elle ne cesse de renaître.

Au commencement, il y a la police de proximité, dite “pol prox”, instaurée par Jean-Pierre Chevènement sous le gouvernement Jospin, en 1998. Cette initiative de la gauche vise à réduire le “sentiment d’insécurité” en modifiant le rôle de la police. Elle a pour mission d’échanger avec les habitants, d’instaurer des rapports de confiance qui lui permettent d’anticiper les conflits et de rassembler des informations utiles aux enquêteurs.

“Vous n’êtes pas des travailleurs sociaux”

En 2003, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, en visite à Toulouse, manifeste son opposition à cette mission qui selon lui, brouille les priorités de la police. “La police de proximité est là pour prévenir mais si elle est faite au détriment du travail d’investigation et d’interpellation, elle ne sert à rien”, déclare-t-il.

Face à Jean-Pierre Havrin, le directeur départemental de la Santé publique, qui lui raconte qu’un match de rugby a été organisé entre les forces de l’ordre et les jeunes du quartier, le ministre réplique :

“Vous n’êtes pas des travailleurs sociaux. Organiser un match de rugby, c’est bien, mais ce n’est pas la mission première de la police.” (Voir la vidéo)

Sarkozy tance le chef de la police toulousaine par rue89

L’arrêt de mort de la police de proximité est prononcé. Jean-Pierre Havrin est démis de ses fonctions à Toulouse. La désignation de “travailleurs sociaux” va rester dans les mémoires. Mais progressivement, le concept refait son apparition, sous d’autres avatars.

Uteq ou “police proche des gens”, nuance

En 2008, la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie lance en Seine-Saint-Denis les unités territoriales de quartier, les Uteq. Elles sont composées d’une vingtaine de policiers, formés “à l’activité en milieu difficile, assurant une présence permanente active, visible et dissuasive”, explique alors la ministre.

Le but est de rétablir la confiance entre la police et la population. La ressemblance avec le projet de Chevènement est flagrante. La ministre rejette néanmoins l’appellation de police de proximité pour parler de “police proche des gens”. Nuance.

BST, pas des “policiers d’ambiance”

Les BST ou brigades spéciales de terrain correspondent au durcissement de ton du gouvernement. Nicolas Sarkozy, lors de son discours de Grenoble du 30 juin 2010, a annoncé une “guerre nationale” contre les “voyous”. En août 2010, le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux annonce donc la formation de brigades spéciales de terrain (BST), et s’empresse de détricoter le dispositif de celle qui l’a précédé.

Les brigades seront constituées de “fonctionnaires expérimentés, travaillant en tenue d’intervention”. Le ministre ajoute que ces flics de choc ne seront pas “des policiers d’ambiance et des éducateurs sociaux”, ni “des grands frères inopérants en chemisette qui font partie du paysage.”

L’objectif affiché de ces nouvelles formations : “mettre fin à la délinquance et rétablir le lien avec la population”. Encore une fois.

Les petits nouveaux de l’ère Guéant

Depuis mercredi, adieu aux sigles et aux acronymes. La lutte contre la délinquance en Seine-Saint-Denis sera incarnée par des “patrouilleurs”. Claude Guéant a fait cette annonce à l’occasion du premier anniversaire de la nomination du préfet de Seine-Saint-Denis, Christian Lambert.

Comme ses prédécesseurs, le ministre rejette l’association honnie avec la police de proximité, et affirme que les forces de l’ordre ne vont pas se transformer en “assistants sociaux”. Leur mission consistera à patrouiller en binômes (par deux, en langage courant), pour “être plus visibles” et “entretenir le contact avec la population” qui pourra leur adresser la parole.

Des patrouilleurs de proximité en quelque sorte.

Illustration : dessin de Na !

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