La bande de Saint-Éloi attaque les Trois-Cités au sabre NR 10/05/2012

 Neuf personnes ont été interpellées à Poitiers après une semaine de violence qui a fait au moins quatre blessés.

La guerre des bandes est-elle repartie entre Saint-Eloi et les Trois-Cités ? Depuis décembre 2010 et la découverte d’un arsenal destiné à régler des comptes dans un terrain vague de Saint-Eloi, on croyait le calme revenu. Impression trompeuse apparemment.

Entre le dimanche 29 avril et lundi dernier, le quartier des Trois-Cités a été le théâtre d’une série de violences inouïes à laquelle l’intervention de la police vient, on l’espère du moins, de mettre fin.
Tout commence dans la soirée de ce dimanche de fin avril. Des habitants du quartier signalent des détonations à la police qui vient sur place et ne trouve rien. A 2 heures du matin, nouvelles détonations. Cette fois, les résidents parlent de cinq individus armés à bord d’une Clio de couleur sombre. Là encore, à l’arrivée de la police, le calme est revenu.
Même scénario le lendemain soir. Les occupants de la Clio qui patrouille dans les Trois-Cités sont décrits comme d’origine africaine.
Il faut attendre le dimanche suivant pour que la police soit à nouveau alertée pour des détonations. Plusieurs patrouilles convergent sur les Trois-Cités. Cette fois-ci, elles tombent sur un groupe d’une demi-douzaine de jeunes armés de bâtons et de barres de fer, de matraques et de couteaux. Quatre d’entre eux tombent dans les filets de la police et sont placés en garde à vue.

 Le doigt coupé par un coup de sabre en pleine rue

Il s’agit d’habitants du quartier qui expliquent s’être armés pour se défendre contre les occupants de la Clio. Un de leurs copains, disent-ils, âgé de 19 ans, a été agressé et hospitalisé. Depuis, il se cache.
Le lundi, la police apprend qu’un autre jeune homme, âgé de 20 ans, a été frappé le 29 dans l’après-midi par les occupants de la Clio. Trois d’entre eux sont facilement identifiés comme des habitants de Saint-Eloi. Un adolescent de 17 ans, retrouvé lui aussi, reconnaît non sans y mettre une certaine mauvaise volonté, avoir été agressé le lundi soir. Il porte des traces de coups de poing, de coups de bâton et surtout de sabre. L’arme lui a profondément entaillé le cuir chevelu et pratiquement sectionné un doigt !
Dès lundi soir, les policiers mettent la main, dans un jardin public, sur les deux hommes désignés comme les meneurs de la bande de Saint-Eloi. L’un d’eux, 22 ans (qui est convoqué demain devant la cour d’appel pour outrage) apparaît comme le donneur d’ordres. L’autre, 20 ans, est apparemment l’auteur des coups de sabre.
Enfin hier matin, les trois autres occupants de la Clio, elle-même retrouvée à Saint-Eloi, sont interpellés. Hier soir, on apprenait que le parquet de Poitiers avait requis le placement en détention de ces cinq individus, quatre majeurs et un mineur. Tous sauf un ont déjà été condamnés par la justice. Ils sont mis en examen pour violences avec arme en réunion avec préméditation.

à chaud

Ne pas stigmatiser un quartier

Le procureur de la République, Nicolas Jacquet, et le directeur de la police, Jean-François Papineau, ont tenu hier une conférence de presse commune sur ces graves événements et leur suite judiciaire. Les deux informations ouvertes par le parquet visent à permettre de mieux comprendre le rôle des protagonistes.
Il faut encore lever certaines zones d’ombre. Par exemple tenter de résoudre le mystère des coups de feu entendus aux Trois-Cités, de savoir qui a blessé par plombs l’un des membres de la bande de Saint-Eloi. Surtout, enquêteurs et magistrats aimeraient bien comprendre les tenants et aboutissants de la haine qui oppose les deux bandes. Récemment arrivé à Poitiers, Nicolas Jacquet a compris combien il était important de préserver l’image de ces quartiers naguère paisibles : « Il ne s’agit pas de stigmatiser un quartier. Mais il y a quelques individus qui tentent de faire émerger un phénomène de bande, éventuellement pour masquer on ne sait quels trafics. »
Jean-François Papineau constate, lui, une tentative de quelques individus pour installer une domination sur une partie de la ville : « Chez les habitants de ces quartiers, il y a une peur exprimée, qui est précisément le ressort de cette domination. »

Vincent Buche

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