Dominique Gaschard : un juge parmi les juges. NR 13/01/2013

Dominique Gaschard fait du footing pour entretenir sa forme et pouvoir pratiquer la randonnée en montagne, en particulier dans les Pyrénées.

Dominique Gaschard fait du footing pour entretenir sa forme et pouvoir pratiquer la randonnée en montagne, en particulier dans les Pyrénées.

Le Premier président de la cour d’appel de Poitiers a mené toute sa carrière comme juge de terrain. Il a eu à gérer des affaires retentissantes.

Il est le 64e Premier président de la cour d’appel de Poitiers depuis sa création il y a huit cents ans. A 63 ans, Dominique Gaschard retrouve sa ville natale au terme d’un parcours riche et complet. « J’ai une carrière de juge de terrain, explique-t-il. Je suis toujours autant passionné par mon métier. » Il a exercé toutes les fonctions de juge et il est monté progressivement dans la hiérarchie. Ce fils d’instituteurs poitevins originaires de Fleix, puis ayant exercé dans le quartier des Couronneries, n’était pourtant pas programmé pour devenir magistrat.

 “ C’est intéressant de faire bouger les lignes ”

Débuter comme juge des enfants (à Laval) a été son choix à la sortie de l’École nationale de la magistrature. Une fonction souvent difficile pour un jeune juge car les décisions sont lourdes de conséquences, « mais c’est une fonction passionnante car elle est en prise directe avec l’humanité » souligne-t-il. Pour se renouveler, le jeune magistrat âgé de 30 ans, part à Angoulême comme juge d’instruction. « J’ai eu de la chance en fait, en ce sens que j’ai eu à m’occuper de plusieurs affaires hors normes, reconnaît Dominique Gaschard. Un métier difficile aussi, mais c’était une autre façon de travailler, il n’y avait pas tous les progrès qui ont été faits en matière scientifique… » Au tribunal de grande instance d’Orléans (vice-président), il commence à s’intéresser aux questions de management. Conseiller à la cour d’appel de Rennes à 36 ans, il retrouve à la tête de la juridiction bretonne le Premier président Certin, Poitevin d’origine également. Il lui a confié la présidence des cours d’assises d’Ille-et-Vilaine dans le Parlement de Rennes avant qu’il ne brûle, et des Côtes d’Armor. « C’était une belle expérience » confie-t-il, mesurant l’importance du soutien d’un chef de cour.
Ce soutien, comme ses prédécesseurs, le Premier comme on le surnomme au sein de la famille judiciaire, continue de l’apporter à ces juges dits “de base” « qui occupent des fonctions éminentes ». En particulier pendant les six ans durant lesquels Dominique Gaschard se retrouve à la tête du tribunal de grande instance de Périgueux, son premier poste en tant que chef de juridiction. Un terme qu’il n’affiche pas trop, le préférant à celui de président de tribunal et aujourd’hui président de cour d’appel au lieu de chef de cour. « C’est vrai que je suis un hiérarque, mais je me considère d’abord comme un juge parmi les juges », précise-t-il.
Là, il développe l’informatique d’initiative locale, comme la communication qui est d’ailleurs un de ses « dadas » : « Il y a un déficit de communication considérable, notre justice est très compliquée, totalement illisible par nos concitoyens ». Il estime qu’une institution qui ne communique pas ou mal « risque d’être mal comprise et de faire l’objet de critiques injustifiées, voire irrationnelles ».
Puis il revient à Orléans comme président. De ces années, il conserve une certaine nostalgie, « les rapports avec les avocats étaient plus chaleureux, plus naturels. Aujourd’hui les relations sont plus distanciées, l’ambiance n’est plus la même. » A la tête du tribunal de Nancy, il dit s’être « éclaté », en développant les modes alternatifs du règlement des litiges. « C’est intéressant de faire bouger les lignes », assure-t-il.
Il sera animé par le même état d’esprit en prenant la tête de la cour d’appel de Basse-Terre en 2005. Farouchement attaché à son indépendance, il a vécu en première ligne les événements de Guadeloupe avec Élie Domoto le leader du LKP, les barrages, la grève permanente, le climat insurrectionnel… Après quatre ans en Outre-Mer, il regagne la métropole pour se retrouver à la tête de la cour d’appel de Dijon en 2009 et pendant trois années « à 200 à l’heure. Tout au long de ma carrière, je ne peux pas me dire que je me suis ennuyé ».
A la cour d’appel de Poitiers, Dominique Gaschard a présidé vendredi sa première audience solennelle de rentrée et vient d’attaquer une nouvelle tranche de sa vie professionnelle. Sans doute la dernière, mais avec toujours la même envie et la même passion. Tout un symbole car il a demandé Poitiers « parce que c’est chez moi. »

bio express

> 1949. Né le 21 juillet, à Poitiers. 
> 1973. Diplôme de l’École nationale de la magistrature. Premier poste : juge des enfants pendant trois ans à Laval. 
> 1979. Juge d’instruction à Angoulême.
> 1986. Premier poste en cour d’appel, comme conseiller, à Rennes.
> 2005. Premier président de la cour d’appel de Basse-Terre.
> 2009. Premier président de la cour d’appel de Dijon.
> Ancien vice-président du TGI de Nancy, président des TGI de Périgueux, Orléans.
> Ancien président de la Conférence des présidents de cour d’appel de l’Union européenne.
> Ancien président de la Conférence nationale des présidents de cour d’appel.
> Marié, père de trois enfants, quatre petits enfants.

bon à savoir

Des affaires hors normes

Dominique Gaschard a traité des affaires hors normes. Dans la très médiatique affaire de l’enlèvement de Michel Maury-Laribière survenu en 1980, sur une commission rogatoire qu’il avait délivrée, c’est la première fois qu’on réalisait la localisation géographique d’un appel téléphonique. Cela lui a permis de localiser le lieu de détention du vice-président du CNPF (Medef aujourd’hui). Une première dans l’histoire des enquêtes policières.
Autre dossier dans lequel il s’est beaucoup impliqué, la très retentissante affaire Barbot-Dupont : il innocente un jeune homme de 17 ans, injustement accusé d’avoir assassiné sa mère dans des conditions épouvantables, « suspect idéal » qui avait toujours clamé son innocence, et fait condamner l’auteur du meurtre, le voisin de la victime. « Il était en prison depuis un an quand je suis arrivé dans ce cabinet, se souvient Dominique Gaschard. L’enquête des gendarmes a été refaite à zéro, c’est une grande satisfaction d’avoir sauvé la mise de ce garçon. »

Philippe Bruyère

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